Projet CAAIRN | FEREC 2019

30 5.2. Méthode 5.2.1. Constitution du corpus La méthode argumentative se base sur l’analyse d’un ensemble d’arguments. Il est ainsi nécessaire dans un premier temps de recueillir les arguments des différentes parties prenantes. L’enjeu est de retranscrire les dialogues et controverses qui se sont passés tout au long du projet, pouvant perdurer longtemps après la mise en service de l’infrastructure. Nous proposons plusieurs sources pour obtenir cet ensemble d’arguments : presse, littérature grise, entretiens et focus groups. Presse. La presse, notamment locale, peut se faire le relais d’informations, tant issues du pouvoir institutionnel, de l’opposition, mais aussi de l’opinion publique. En cela, elle peut constituer une source d’informations importantes quant aux controverses autour de projets d’infrastructure. Elle permet aussi, de par la fréquence de ses publications, de rendre compte de l’évolution des opinions au cours du projet. Littérature grise. La littérature grise est définie par l'AFNOR comme des « documents, souvent à caractère provisoire, reproduits et diffusés à un nombre d’exemplaires inférieur au millier, en dehors des circuits commerciaux de l’édition et de la diffusion » (Schöpfel, 2015). Cela peut être des rapports, des études, des comptes rendus de réunion participatives… Entretien. Les entretiens consistent à l’interrogation d’acteurs, qu’ils soient riverains, gestionnaires ou autres. L’enjeu est de recueillir un point de vue particulier sur l’infrastructure. L’entretien peut permettre de comprendre beaucoup plus en profondeur les arguments d’un acteur. Bien évidemment, il ne retranscrit qu’un point de vue singulier, mais il peut être riche en termes de compréhension des motivations et du cadre dans lequel se positionne l’interviewé. Focus group. Les focus group consistent à réunir plusieurs acteurs dans le cadre d’une même discussion. C’est une méthode particulièrement adaptée au recueil d’arguments dès lors que les participants ont des points de vue différents sur l’objet du débat. Il permet de retranscrire le jeu des arguments/contre-arguments, en limitant l’écart entre les propos et le cadre argumentatif ; les échanges font émerger plus naturellement des arguments. A partir des données issues de ces sources, il est nécessaire d’extraire les arguments. Il existe des méthodes automatisées de recueil d’arguments à partir de textes ; ces méthodes appartiennent au champ appelé « argument mining » (Lytos et al., 2019). Ces méthodes, sujet de recherche, ont encore une efficacité limitée et sont développées dans le cadre de textes en anglais. Si elles constituent des perspectives intéressantes, nous devons nous limiter à une analyse manuelle pour l’instant. Selon le type de source, l’extraction d’arguments peut être plus ou moins facile en raison de la proximité de la source avec la structure argumentative. En cela, les focus groups et les entretiens constituent des sources privilégiées d’arguments. 5.2.2. Approche argumentative 5.2.2.1. Cadre de l’argumentation abstraite - Abstract argumentation framework (AAF) Formalisé pour la première fois par Dung (1995), le système d'argumentation abstrait est un graphe orienté composé d'un ensemble d'arguments abstraits et d'une relation binaire représentant des attaques entre arguments. Un système d'argumentation est un couple AF = < A , R > où A est un ensemble fini d’arguments et R la relation binaire sur A telle que pour un argument a1 attaquant un argument a2, on a (a1, a2) ∈ R. Le cadre défini par Dung ne porte pas d'attention particulière au sens de l'argument, il appartiendra à l’utilisateur de donner un sens à cette relation. La Figure 10 montre un graphe orienté simple dans lequel A1 et A2 s’attaquent mutuellement (« StatementAgainst ») et A3 défend A1 (« StatementFor ») en attaquant A2. Un argument attaqué et non défendu est considéré comme non acceptable ; dans l’exemple de la Figure 10, A1 et A3 sont donc les “arguments acceptables”.

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