Projet CAAIRN | FEREC 2019

29 5. Action 3 - Evaluer l’acceptabilité/les préférences 5.1. Contexte et objectif Tout projet d’infrastructure 9 induit des effets souhaités et d’autres non souhaités pour les riverains, et les autres parties prenantes, que ce soit pendant la phase de travaux ou pendant la phase d’exploitation. La perception de ces effets peut être très diverse. Chaque acteur, selon son prisme de perception, ses intérêts, sa posture, sa culture, ses attentes, aura sa propre vision du projet et des bénéfices ou inconvénients que celui-ci induit ou semble induire. Ces éléments vont jouer sur le degré d’acception et d’appropriation du projet d’infrastructure par les riverains. L’Action 3 - Evaluation de l’acceptabilité/préférence propose d’évaluer l’acceptabilité des projets d’infrastructure en questionnant les dimensions convoquées par les différents acteurs pour justifier leur opinion et leurs préférences quant à ces dimensions. Mais l’acceptabilité ne saurait être considérée comme une valeur statique, notamment dès lors que l’on s’intéresse à un projet au long cours s’étalant sur plusieurs années, voire dépassant la dizaine d’années. Il peut y avoir tout à la fois des évolutions de la perception des riverains (qu’il y ait eu un changement de la population, ou simplement une évolution intrinsèque des individus), mais aussi des évolutions du cadre décisionnel (e.g. alternance politique) et du projet lui-même. De plus, même sans ces évolutions, il peut y avoir une différence importante entre ce que l’on projette d’un projet et ce l’on vit. Des effets négatifs (e.g. la gêne occasionnée par les travaux) ou positifs (e.g. l’amélioration du cadre de vie) peuvent avoir été mal anticipés ou simplement négligés avant de les vivre réellement. Cette notion d’acceptabilité, et plus globalement, la perception d’un projet d’infrastructure doit s’appréhender dans un cadre dynamique ou, a minima, capable de prendre en compte l’évolution de la situation. Si les sciences humaines et sociales se sont intéressées à ces notions d’acceptabilité et les dynamiques autour des controverses, il n’existe, à notre connaissance, aucun outil développé pour formaliser les opinions des différents acteurs quant à des projets d’infrastructure permettant d’évaluer l’acceptabilité de ce projet, tout en s’intéressant à la composante dynamique du système. Pour répondre à cet enjeu, (i.e. analyser les dimensions de l’acceptabilité et l’évolution de la perception des projets d’infrastructure) nous aurons recours à une approche originale, jamais encore utilisée dans un tel cadre : l’argumentation abstraite. L’approche argumentative abstraite consiste à encoder les arguments des différents participants à un débat et les relations entre ces arguments (attaque, support) sous la forme d’un graphe. Il est alors possible de réaliser des inférences définissant le jeu des arguments acceptables et les points de conflits entre arguments. La partie 5.2 présentera le cadre méthodologique dans lequel nous travaillons, depuis l’acquisition des données nécessaires à l’approche jusqu’à son application au travers des graphes argumentatifs. L’approche proposée a été mise en œuvre sur un projet d’infrastructure réel afin d’en illustrer le déroulement et de démontrer l’intérêt des résultats produits. Nous prendrons le cas du projet de la requalification de l’avenue de Marseille à Vitrolles et des parcs attenants (Parc Aventure et le square Marguerite de Provence). Ce projet est exemplaire pour la ville en cela qu’il exigea un investissement très important (plus de 15M€), qu’il s’étala sur un temps long (plus de 10 ans entre les premières réflexions sur le sujet et la fin des travaux) et qu’il est emblématique pour l’aménagement de la ville. Il a aussi l’intérêt de traiter de différentes problématiques telles que la mobilité et la gestion des inondations. Finalement, il a aussi fait (en partie) l’objet d’études dans les autres tâches du projet CAAIRN. La parti e 5.3 présentera l’application de l’approche sur ce cas d’étude. Nous discuterons des résultats trouvés et questionnerons la méthodologie. 9 Le terme « projet d’infrastructure » renvoie dans ce document à l’infrastructure, depuis les premières phases de conception, jusqu’à sa phase d’exploitation ; ainsi il peut désigner une infrastructure existante.

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