Projet CAAIRN | FEREC 2019
24 au regard des enjeux menacés. Les rapports des enquêtés aux inondations semblent obéir à une autre logique : en effet pour une partie d’entre eux, les expériences d’inondation sont vécues comme des phénomènes météorologiques récurrents à certaines périodes de l’année, et qui dans l’ensemble n’ont pas eu de conséquences dramatiques, du moins au sein de notre échantillon. Par conséquent, l’inondation peut apparaître davantage comme un phénomène familier que comme un « risque » au sens mentionné plus haut, et pour lequel il s’agit de « vivre avec ». Une deuxième piste d’interprétation s’appuie sur l’observation concomitante de l’attachement à la ville. Être attaché à une ville où l’on vit une expérience récurrente d’inondation semble contradictoire et pourrait créer une dissonance cognitive (Festinger, 1957). Minimiser voire ignorer cette expérience répétée permettrait alors de diminuer cette dissonance. En résumé, dans les rapports à la nature, on peut conclure que le risque d’inondation ne soulève pas d’inquiétudes majeures. En revanche, les personnes apprécient la verdure en ville, l’ombre, l’arbre, les lacs. Ce sont d’ailleurs les parcs et les espaces de nature de la ville de Vitrolles qui sont les espaces les plus souvent mentionnés lorsqu’on demande aux enquêtés quels sont les lieux qu’ils fréquentent et qu’ils apprécient particulièrement. L’entretien et l’aménagement de ces espaces verts pour des activités récréatives et de loisirs semblent également importants pour la plupart des enquêtés. Ces représentations de la nature renvoient plutôt à une « nature domestiquée », conçue comme « équipement de la ville » pour reprendre l’analyse de R. Lepillé et al. (2017) sur les forêts urbaines et périurbaines. Ces rapports au risque d’inondation non véritablement vécu comme tel et à la nature en ville comme lieux de récréation et de loisirs, permettent de comprendre les relations que les enquêtés entretiennent avec le Parc du Griffon et le Square Marguerite de Provence. 4.3.5. L’appropriation : les opinions des usagers à l’égard du Parc du Griffon et du Square Marguerite de Provence De façon globalement partagée, le Parc du Griffon est associé à un espace de verdure, de nature, de détente, bien équipé, et fait l’objet d’activités sportives et récréatives individuelles ou collectives. L’analyse des entretiens montrent que le Parc du Griffon est un lieu incontournable de Vitrolles. Il est aussi bien apprécié par les Vitrollais que fréquenté par des populations régionales (Marseillais, Avignonnais, etc.). La quasi-totalité des personnes interrogées ont cité le Parc du Griffon comme un lieu dans Vitrolles qu’elles appréciaient particulièrement, et notamment les personnes rencontrées au Square Marguerite de Provence. Pour plusieurs personnes, ce parc fait partie de leur histoire personnelle (ils y ont joué déjà enfant), et il est identifié aussi à l’histoire de la ville. Par exemple, la période du Front National (1997–2002) est évoquée par plusieurs interviewés comme période particulièrement difficile dans la vie de la ville : « Alors comment je définirais Vitrolles, Vitrolles, ville active je dirais, ville avec beaucoup de choses, avec une histoire assez complexe, mais aujourd'hui, une bonne commune je dirais (…) Par rapport au Front National, par rapport à tout ça, moi qui l'ai vécu, c'était assez difficile à cette époque, on a vu l'avant, le pendant et l'après, et là, depuis on va dire une petite décennie, ça va beaucoup mieux ». (GriSam13) Cette période de repli, et de fermeture de lieux culturels, a été aussi vécue par et à travers le Parc du Griffon :
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