Projet CAAIRN | FEREC 2019
23 La verdure et la nature mises en avant incluent aussi l’eau, par exemple les sources de l’Infernet, le lac de la Tuilière, ou le petit lac à la Frescoule. L’eau-loisir ou paysagère est donc présente dans la représentation de Vitrolles, mais comme nous le verrons, le risque d’inondation l’est beaucoup moins. 4.3.4.2. Un rapport assez distant au risque d’inondation Les enquêtés semblent globalement entretenir un rapport assez distant au risque d’inondation à Vitrolles. Tout d’abord, plus de la moitié des enquêtés (9 sur 15) ne sont pas conscients de l’existence d’ouvrages de protection contre les inondations à Vitrolles. Si certains ont mentionné quelques ouvrages (rarement plus de deux), aucun n’a véritablement connaissance de l’important dispositif déployé sur le territoire afin de réguler crues et ruissellements. En outre, les représentations et les expériences des inondations des enquêtés apparaissent ambivalentes, car bien que la plupart d’entre eux aient des histoires d’inondation à raconter (et ce, parfois à leur domicile), la plupart d’entre eux tendent à ne pas considérer cette problématique comme un véritable « problème ». A l’exception de Grisam15 qui se dit « traumatisé » par ses expériences d’inondation vécues à son domicile aux Pennes-Mirabeau, ceux qui sont directement touchés à leur lieu de résidence, ont tendance à relativiser l’importance de leur(s) expérience(s), en employant des stratégies d’atténuation variées, atténuant ainsi les sentiments négatifs que le risque d’inondation peut générer : - Soit en estimant que ce sont des épisodes « exceptionnels » (Grisam13) - Soit en décrivant leurs expériences davantage comme une nuisance que comme quelque chose de dramatique (Grisam11, Grisam09) - Soit en estimant que d’autres sont plus touchés, notamment les zones industrielles mais aussi les « maisons » par opposition aux habitats collectifs (Mamer07, Grisam09). Globalement, les enquêtés semblent en définitive relativiser l’ampleur des phénomènes et témoigner de peu d’inquiétude face à ce qu’ils ne considèrent finalement pas vraiment comme une menace. « Alors cette année, moi je vis dans un immeuble, ben on a eu le hall qui a été inondé et les garages. C’était pas ce qu’on voit à la télé quoi, ben on a eu dix centimètres d’eau un peu dans les garages (…) l’ascenseur a été inondé donc il a fallu l’arrêter pendant une semaine. Voilà bon, c’est pas dramatique, mais… (…) Je vous dis, on a eu des désagréments pendant une semaine, le temps de nettoyer le garage, d’enlever la boue, que les ouvriers viennent pomper l’eau qui était dans la cage d’ascenseur, etc. On n’était pas, on n’est pas les plus malheureux. » (Grisam09) Des nombreux extraits d’entretien illustrent ainsi le rapport distant que les enquêtés entretiennent à l’inondation, problématique pourtant qualifiée « d’assez importante » par une ancienne ingénieure du service des Eaux pluviales de Vitrolles ; et ce malgré quelques expériences, parfois assez impressionnantes ou récurrentes qu’ils ont pu avoir de l’inondation. De ce fait, la qualification de l’inondation à Vitrolles comme « risque » ou même encore comme « problème », aux yeux des enquêtés, peut être interrogée. Elle apparaît tout au plus comme une nuisance parfois récurrente, ou encore comme un désagrément ponctuel. Plusieurs pistes d’interprétation de ce résultat peuvent être considérées. Premièrement, est contenu dans la définition de la notion même de risque le fait de n’être pas encore arrivé : la notion exprime ainsi davantage une crainte, une inquiétude et est entachée d’une part d’incertitude, conduisant au recours aux sciences et aux techniques pour le connaître, l’anticiper et le réduire (Callon et al. 2001)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTIzMTM=