Projet CAAIRN | FEREC 2019
36 lesquelles portent les arguments ont évolué. Le thème de l’inondation, qui sert à justifier en partie les travaux est très présent en 2010. En 2018, ce thème est complétement absent. A l’inverse, il y a par contre beaucoup d’arguments relatifs au stationnement et à la gêne des travaux, qui eux n’étaient pas présents en 2010. On peut par-là mesurer l’évolution des préoccupations vis-à-vis des travaux. Un autre aspect intéressant concerne les acteurs présents. Presque tous les arguments de 2010 sont donnés directement par les journalistes ; il y a de nombreux éléments factuels. En 2018, on trouve de nombreux arguments énoncés par l’équipe municipale et par les riverains. L’équipe municipale vient défendre un projet dont les travaux se terminent, alors que les riverains font part de leur exaspération quant à la longueur des travaux et la gêne occasionnée ainsi que leurs préoccupations quotidiennes (e.g. les problèmes de stationnement). AIPA permet aussi d’apporter de l’information par les inférences issues de l’argumentation abstraite. Dans les deux graphes présentés, les conclusions sont « en conflit », cela signifie que les différents arguments apportés, qu’ils soient pour ou contre la conclusion C1, n’ont pas permis de trancher la discussion ; aucun consensus n’a été trouvé sur le projet. A défaut, le graphe permet de voir les dimensions positives ou négatives pour le projet, couplées à leur statut « accepté » ou non ; cela permet de voir ce qui compte dans le débat et qui fait que le consensus n’a pu être trouvé. Par exemple, pour le graphe de 2018, les dimensions Mobilité et Environnement sont en faveur du projet d’aménagement, alors que les dimensions Stationnement et Gêne des travaux sont en sa défaveur. Selon les dimensions que l’on souhaite ou non considérer, le résultat du débat peut différer conduisant à la notion de consensus restreint. De la même façon, il est possible, considérant un groupe d’acteurs, de définir s’il arriverait ou non à un consensus et quelles sont les thématiques qu’il met en avant. Par exemple, les riverains interrogés par les journalistes se positionnent surtout sur les dimensions Stationnement et Gêne des travaux induisant un rejet du projet. Bien évidemment, cela ne signifie pas que tous les riverains sont contre le projet ; il y a un biais fort de représentativité à la fois des riverains interrogés, mais aussi de leurs arguments rapportés par les journalistes. Il faudrait compléter cette étude par des entretiens et des focus groups, mais cela permet tout de même de mettre en lumière des préoccupations des riverains vis-à-vis de certaines dimensions. Méthodologie. Plusieurs points méthodologiques peuvent être discutés. Tout d’abord, comme nous l’avons exposé, la méthode est très dépendante des arguments extraits. Il est illusoire de penser pouvoir recueillir l’ensemble des arguments de tous les acteurs. Les graphes d’arguments seront forcément incomplets, incapables de retranscrire la variété de toutes les opinions. De la même façon, les graphes d’arguments n’entendent pas analyser quantitativement des préférences. L’enjeu de cet outil est de permettre, en le structurant, de mieux comprendre les enjeux portés par les différents groupes d’acteurs. Il s’agit d’une approche qualitative qui a le mérite de s’attacher, non pas à des valeurs agrégées et moyennées, mais aux arguments réels portés au débat. C’est en cela plus une méthode d’aide à l’analyse des débats permettant de supporter des réflexions collectives qu’une méthode d’aide à la décision visant la préconisation. L’analyse des graphes sur toutes les années conduit à un résultat identique : la conclusion « C1: Le projet de l’Avenue de Marseille est positif » est toujours « en conflit ». Cela est dû à la nature restrictive de l’argumentation abstraite de Dung. Il suffit qu’il y ait un seul argument contre qui soit valide pour ne pas permettre d’accepter la conclusion, quand bien même cette conclusion aurait de nombreux arguments la supportant. Dans l’optique de cette approche, ce n’est pas forcément grave, car c’est plus le jeu des arguments et leur structure qui nous intéressent que le statut de la conclusion. Cependant, il serait possible d’apporter plus de nuances à l’évaluation de ce statut en ayant recours à d’autres systèmes, dérivant de celui formulé par Dung. Ces systèmes permettent de donner des poids, de l’incertitude ou de donner des préférences quant aux arguments et/ou aux attaques. De façon non- exhaustive, on peut citer le « Ranked-based » (Amgoud and Ben-Naim, 2013), le «Weighted-based » (Dunne et al., 2011), le « Valued-based » (Bench-Capon, 2003) ou le « Imprecise arguments system » (Morveli-Espinoza et al., 2019). Tous ces systèmes, qui sont compatibles avec AIPA, pourraient permettre d’affiner le niveau d’acceptabilité, mais ils nécessitent tous d’apporter des paramètres supplémentaires (valeur de certitude d’un argument, poids d’un argument…) ; cela pose la question de
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