Projet CAAIRN | FEREC 2019

27 cadre restreint de spécialistes (Hérat 2005 ; interview de l’ancienne directrice du service voirie de Vitrolles). Ces deux lieux qui ont a priori la même multifonctionnalité sont vécus de manière assez différente par les habitants : le Parc du Griffon est fortement approprié tant dans les descriptions positives qu’en font les enquêtés, que par leurs usages, tandis que l’appropriation est, pour le moment, plus que mitigée pour le Square Marguerite de Provence. On peut, pour encore approfondir la comparaison, s’interroger aussi sur les aspects qui distinguent ces deux endroits. En effet, ils n’ont pas la même ancienneté, et même, au départ l’objectif qui a présidé à leur création semble avoir été différent. Le Parc du Griffon semble avoir été créé de toutes pièces par les aménageurs comme une vitrine de la Ville Nouvelle, contribuant à l’attractivité de Vitrolles ayant ainsi dédié une place importante à la « nature en ville ». Tandis que le Square Marguerite de Provence est « recréé » à l’emplacement d’un petit parc, pour la régulation de l’eau dans le cadre de la réfection de l’avenue de Marseille. Dans ce projet de réfection, un objectif de favoriser les modes de déplacement doux a été aussi évoqué ; et les riverains ont posé expressément la demande de garder des arbres le long de la route, de créer des « écureuiloducs » - nous sommes, comparés aux années 1975, dans une perspective plus participative de l’aménagement. Nous sommes peut-être aussi dans une autre compréhension de « la nature en ville » : là où le Parc Griffon est posé comme « Nature-Parc », dans une zone dédiée et séparée des zones très bâties, le Square Marguerite de Provence, de taille plus modeste, est inséré dans un quartier, reflétant la nature « diffuse » en ville. Ce Square est passé d’un espace fortement végétalisé avec des jeux d’enfants, à un espace coupé en deux : bassins en béton d’un côté et pinède clairsemée de l’autre côté agrémenté de quelques bancs. Il apparaît peu investi pour le moment, ni émotionnellement ni en termes d’usages. Il n’est pas improbable que des formes d’appropriation (celles-ci étant un processus dynamique et s’inscrivant sur la durée) davantage ancrées dans le lieu puissent émerger à l’avenir. Renforcer sa fonction récréative par des aménagements explicites en termes d’usages serait une des pistes envisageables permettant d’impulser ou d’accélérer le processus. Par ailleurs, comme nous avons pu le constater, le risque d’inondation ne semble pour l’instant pas être perçu de manière importante par les habitants. D’une manière générale, ce résultat souligne l’importance de connaître les perceptions et représentations des habitants par rapport à la situation de risque objectivée et prise en charge par les aménageurs et les gestionnaires, et qui peuvent amener certains résidents à considérer qu’il n’y a pas à s’en protéger en particulier. En effet, même une personne qui rapporte être quasiment annuellement inondée, ne met pas en avant une démarche de mise en place des mesures de protection. S’agit-il d’un manque de moyens ? De manque d’idées ou d’expériences concernant le type de protection pouvant être mise en place ? Il existe de nombreux freins psychologiques à l’action en matière de protection contre l’inondation qui mériteraient d’être pris en compte au niveau de l’action publique en matière de prévention des risques (Grothmann & Reusswig, 2006). Cette question pourrait se poser de manière plus accrue à l’avenir, dans l’hypothèse d’inondations plus importantes à cause de la situation d’absorption d’eau dégradée sur le plateau de l’Arbois due à la diminution du couvert végétal suite aux incendies des années 2016, et de la survenue plus fréquente d’épisodes pluvieux importants dus au changement climatique. La modification de la nature ou de la fréquence de ces épisodes d’inondation pourrait alors entraîner une modification de l’acceptabilité des infrastructures. 4.5. Références Borruey R., « Les villes nouvelles françaises ou l’intercommunalité forcée. Le cas des rives de l’étang de Berre », Rives méditerranéennes , 25, [en ligne :] http://journals.openedition.org/rives/596 Callon M., Lascoumes P., Barthe Y. (2001). Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique . Paris, Seuil (coll. « La couleur des idées »), 358 p. Di Maiolo P., Curt C., Curt T. (2018). Vitrolles un territoire composite, rapport de recherche, ECCOREV, IRSTEA, 17 p.

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